dimanche 30 mai 2010

L'arnacoeur

Docteur tue-l'amour.

Réalisé par : Pascal Chaumeil
Avec : Romain Duris, Vanessa Paradis, François Damiens
Durée : 105 min

Alex a un métier des plus farfelus : il est briseur de couples professionnel. Mais attention, ses cibles sont toujours des filles malheureuses. Point de diffamation ou de coups tordus pour arriver à ses fins ; la séduction est son arme, et avec une bonne préparation, personne ne lui résiste. Un jour, on lui propose un contrat inhabituel, séduire une jeune femme heureuse comme tout dont le mariage est dans dix jours.






L'Arnacoeur a l'intelligence de se baser sur le procédé très à la mode du coaching. Il y avait un coach pour séduire, un autre pour faire la cuisine, un autre pour sortir le chien... Et bien maintenant, place à Alex, le coach qui ouvre les yeux de ces demoiselles assez sottes pour s'enticher d'amants médiocres. A ce premier élément s'ajoute toutes les ficelles du film d'arnaques, c'est-à-dire une succession de mises en scène exquises interprétées avec beaucoup de fraîcheur par Romain Duris.

Mais il ne serait rien sans ses deux fidèles side-kick, remarquables Julie Ferrier et François Damiens, bien plus que deux faire-valoir sans saveur ni odeur. Rarement une comédie populaire aura autant brillé par ses seconds rôles et - surprise !- par sa mise en scène, très maîtrisée et intelligente. On ne se doute pas, en regardant L'Arnacoeur, qu'il s'agit du premier long-métrage de Pascal Chaumeil, qui n'avait été jusqu'ici qu'assistant réalisateur.

Cela dit, modérons notre enthousiasme. L'inexpérience du commandant de bord concurrence en vacuité les prises de risque pendant le tournage du film et l'écriture du scénario. Si l'on devait résumer L'Arnacoeur en un mot, on dirait qu'il est efficace. Mais d'une efficacité redoutable : on sourit, on rit, on s'esclaffe devant les numéros comiques des trois chirurgiens de l'amour, qui arrachent les flèches que Cupidon a décochées à tort et à travers. Et lorsqu'Alex doit séduire Juliette, qui est très amoureuse de son prince (trop) charmant, ça pétille, comme des bulles de champagnes : élégant, gracieux, le couple Romain Duris/Vanessa Paradis fait mouche.

Vraiment, quel dommage que le film soit rattrapé par les exigences de sa propre nature ! Car c'est une comédie romantique qui s'étouffe avec ses bons sentiments à la fin de son marathon de l'hum... de l'amour. Mais qui sait ? Peut-être que c'est ce qu'on attend d'une comédie populaire...


Sentence : 3,5/5

mercredi 26 mai 2010

Iron Man 2

2 Iron men.

Réalisé par : Jon Favreau
Avec : Robert Downey Jr., Don Cheadle, Mickey Rourke
Durée : 117 min
D'après le comic Iron Man de Stan Lee

Tony Stark, alias Iron Man, dont l'identité secrète a été révélée au monde à la fin du premier volet, coule des jours heureux et glorieux, mais subit la pression du gouvernement pour livrer le secret de son armure à l'armée. Pendant ce temps, en Russie, un paria prépare sa vengeance contre la famille Stark.





Iron Man premier du nom avait réussi à apporter un vent de fraîcheur sur le monde toujours plus florissant des adaptations cinématographiques de comic books avec son anti-héros flambeur, égoïste, mégalo, bref méprisable mais bougrement sympathique malgré cela. On avait regretté toutefois l'absence de méchant charismatique, et Dieu sait s'ils sont importants dans les univers bigarrés de Marvel. La moindre des choses était de rectifier le tir dans ce deuxième épisode.

C'est à croire que Jon Favreau avait mis cette condition en haut de son cahier des charges ; avec ses longs cheveux grisonnants et sa silhouette imposante, Mickey Rourke irradie une sauvagerie majestueuse et apparaît dans toute sa splendeur pendant le Grand Prix de Monaco, incontestablement le moment le plus réussi du film. Plus bavard, mais aussi plus intelligent, le film se paye le luxe de titiller l'armée américaine avec un sous-texte politique timide, mais parfois étonnant (cf. Tony Stark qui clame "J'ai privatisé la paix mondiale !" (!))

Le reste du temps, Iron Man 2 se repose sur ses acquis. Tony Stark est toujours aussi divertissant, les nouveaux personnages ont pour seul mérite d'être interprétés par des stars internationales, et le scénario ne prend guère de risque en suivant consciencieusement son canevas très balisé. Mais ne soyons pas rabat-joie ; malgré un final décevant, ce deuxième volet se hisse au niveau de son aîné et confirme que la franchise Iron Man a encore de beaux jours devant elle.


Sentence : 3/5

mardi 25 mai 2010

Robin des Bois [2010]

Robin Hood : Origins

Titre original : Robin Hood
Réalisé par : Ridley Scott
Avec : Russell Crowe, Cate Blanchett, Mark Strong
Durée : 140 min

Une sorte de genèse aux aventures de Robin des Bois tel que nous le connaissons, son retour des croisades et son organisation de la défense d'Angleterre contre le perfide Sir Godefroy et son alliance avec la France.






Pour cette énième version des péripéties de Robin Longstride, Ridley Scott, que l'on sait amoureux des sociétés moyenâgeuses et antiques, propose sa propre vision du mythe, plus documentée et réaliste que les adaptations hautes-en-couleur qui mettaient en scène Errol Flynn et consorts.

Ici, Robin n'est pas un noble, mais un humble archer anglais dans l'armée de Richard Coeur de Lion, fils d'un tailleur de pierre, et qui ne sera anobli qu'à la suite de circonstances malheureuses. Mais il n'a rien perdu de sa verve dans le procédé. Tenez-le vous pour dit : ce Robin des Bois est un bouseux qui parle comme Voltaire, taillé comme un culturiste malgré son poste d'archer (arc qu'il ne tarde pas à troquer contre un bon vieux marteau, qui convient mieux à sa silhouette).

Mais Ridley Scott, qui n'est pas à une incohérence près, est un réalisateur qui aime la simplicité. Dans cette version qui se veut plus sérieuse et historique que les autres, les méchants sont très méchants et les gentils, très gentils. Un Marvel serait moins manichéen. Forcément, tout cela est très prévisible, et seuls les abominables clichés charroyés avec enthousiasme égorgent l'ennui pour le remplacer par la consternation. On aurait préféré s'ennuyer : au moins les belles images du film charment la prunelle, entre deux gros soupirs.

Ironiquement, c'est le Roi Jean qui s'en sort le mieux dans cet épouvantable fatras de plumes indigestes. Plus humain, plus bête aussi, mais pas moins méchant, ce vilain-là aura eu le mérite d'apporter un soupçon de complexité et d'humanité dans un monde régi par le noir et le blanc. Chercher les autres couleurs du prisme est peine perdue.

Même les scènes de bataille, dont Ridley est pourtant un habitué, sont très brouillonnes, quand elles ne sont pas ridicules : nous ne reviendrons pas sur le débarquement final et le bataillon d'enfants sauvages chevauchant fièrement leurs poneys de guerre (!), mené par Lady Marianne, en armure s'il vous plaît (!!), avant que Philippe de France ne ponctue sa défaite par un magistral "Tant pis, on s'en va"(!!!). On oublie et on retourne regarder Kingdom of Heaven.


Sentence : 1,5/5

samedi 22 mai 2010

Bug

Ils sont partout !

Réalisé par : William Friedkin (2006)
Avec : Ashley Judd, Michael Shannon, Lynn Collins
Durée : 90 minutes

Agnès vit seule dans un motel au milieu du désert. Un soir, elle accueille Peter Evans pour la nuit, un vagabond un peu laconique, et l'invite à rester plus longtemps car sa compagnie lui apporte du réconfort. C'était sans compter les innombrables insectes invisibles qui, eux aussi, ont décider de rester un peu.






On attend toujours beaucoup des films de William Friedkin qui, depuis L'Exorciste, n'avait pas fait beaucoup parler de lui. Après avoir exploré à quelques exceptions près tous les genres de cinéma, voilà qu'il s'intéresse au thriller paranoïaque sur fond de discours antimilitariste. Noble cause, pour laquelle Friedkin réunit méticuleusement tous les ingrédients classiques : lieu isolé, huis clos, personnages ambigus, contexte de misère sociale.

Paresseux, mais intelligent, Bug surprend pendant toute sa première partie, par son manque de moyen et son parti pris de tout miser sur la relation étrange entre Agnès et Peter. Il ne se passe rien, et pourtant on s'interroge, on s'inquiète, on commence à effleurer les enjeux du film. De bonnes idées de mise en scène participent à la création d'un climat oppressant. Mais au fil des délires grandissant de Peter, le film perd de son charme délétère, et succombe à sa fainéantise pour ne garder de ses atours que sa maîtrise technique et son sens du décor. Quelques facilités d'écriture (le personnage d'Agnès), heureusement sauvegardées par l'interprétation brillante des acteurs, achèvent de donner à Bug son caractère prévisible.

Ne perdons pas de vue que le charme d'un thriller paranoïaque est l'ambiguïté permanente dans laquelle il est censé plonger le spectateur, qui doit en permanence se poser la question : délire schizophrène ou réel complot ? A mi-chemin seulement, on a trouvé la réponse et seul un ultime rebond scénaristique parvient à réveiller notre attention assoupie dans la dernière partie du film.

Redondante et poussive, la fin renvoie au placard tout ce qui avait fait le charme de Bug jusqu'ici, pour se concentrer sur une étude de caractère guère passionnante et plutôt maladroite.

Seuls les décors finaux, représentation hallucinée de l'antichambre de la folie, gardent cette étincelle de génie qui nous avait captivée. Dommage que le delirium tremens de Friedkin soit si flemmard et conventionnel.


Sentence : 2,5/5

vendredi 21 mai 2010

Daybreakers

True Blood sans True Blood.

Ecrit & réalisé par : Michael & Peter Spierig
Avec : Ethan Hawke, Sam Neil, Willem Dafoe
Durée : 96 min

Dans un futur proche, toute l'humanité a été transformée en vampires. Toute ? Non ! Un petit groupe d'irréductibles humains résistent encore et toujours à la mise en élevage de leur espèce par les suceurs de sang, qui sont bien embêtés car ils n'auront bientôt plus de quoi se nourrir. Au milieu de ce bazar, Edward Dalton (Ethan Hawke), un gentil hématologue, se retrouve à aider des humains et leur résistance de fortune.






On s'est tous posé la question. Comment se fait-il que les vampires se cachent du monde extérieur, alors que s'ils s'y mettaient, ils pourraient renverser les humains en deux temps trois mouvements ? Il était temps que des réalisateurs sérieux se le demandent aussi.

Enfin, sérieux....

Mais ne soyons pas de mauvaise foi. Daybreakers est une pure série B tentant de renouveler un genre malmené ces derniers temps (inutile d'être plus précis ; vous voyez à quelles abominations je fais allusion), et il y parvient à bien des égards. Dommage qu'il soit aussi très frustrant : Daybreakers n'est pas mal, il aurait pu être excellent.

L'incontestable point fort du film est son scénario, mélangeant habilement science-fiction et fantastique, mitonné avec amour par les frères Spierig eux-mêmes pendant deux ans. Un travail qui a porté ses fruits, puisque l'univers de Daybreakers est pétri de bonnes idées et surprend par sa cohérence et son intelligence. Comme souvent dans ce genre de cas, les vingt premières minutes (la présentation du monde fictif) sont les plus passionnantes, avant que les phases dialoguées ne débutent.

On pardonnerait volontiers des dialogues badass caricaturaux dans l'univers de Robert Rodriguez, et pour cause : c'est ce qu'on demande, et c'est très maîtrisé. En l'occurrence, les répliques des personnages semblent toutes avoir été écrites avec les pieds, un jour de beuverie et charrient d'affreux clichés qui, en d'autres circonstances et entre les mains de quelqu'un d'autre, auraient pu être divertissants. Sans surprise (c'est le cas de le dire), le scénario et la mise en scène sont très prévisibles, mais on saluera le travail des maquilleurs et créateurs d'effets visuels (chapeau bas pour les costumes des immondes vampires dégénérés), qui ont pris un plaisir très gamin à faire exploser et/ou démembrer des corps avec force détails, pour notre plus grand bonheur.

S'il est évident que l'équipe du film s'est amusé pendant le tournage, on eut apprécié de vrais écrivains derrière un tel projet. L'intégralité des bonnes idées a été réservée à la création de l'univers lui-même, aux dépens de l'intrigue plutôt faiblarde. Dommage, Daybreakers méritait mieux, et nous aussi.


Sentence : 2,5/5

jeudi 20 mai 2010

The Barber

"Demon barber" malgré lui.

Titre original : The Man Who Wasn't There
Réalisé et co-écrit par : Joel Coen (2001)
Avec : Billy Bob Thornton, Frances McDormand, James Gandolfini
Durée : 116 min

Ed Crane est coiffeur dans le salon de son beau-frère et sa femme le trompe. Laconique et blasé, il est l'homme que personne ne remarque. Prêt à tout pour changer de vie, il commence une combine qui le dépasse rapidement.






On ne peut vraiment considérer The Barber comme un polar, tant les systèmes judiciaire et policier y sont mis à mal, mais plutôt comme un film noir, hommage revendiqué par les frères Coen lors de sa présentation à Cannes en 2001.

La police a toujours été un aspect secondaire de la filmographie des frères Coen, et elle a systématiquement un coup de retard sur les protagonistes (entre autres, dans No Country for Old Men ou même Barton Fink). L'action est donc centré sur Ed Crane, modeste coiffeur piégé dans un monde où il ne trouve pas sa place, et sur les autres personnages, empêtrés parfois malgré eux dans les combines un peu foireuses du héros.

Il serait pourtant abusif de voir en The Barber un film dénonciateur ou militant. La représentation d'un monde absurde, dans lequel le protagoniste s'enfonce de plus en plus en comprenant de moins en moins est un thème fondamental de la filmographie des frères Coen et sert de pierre angulaire aux histoires qu'ils racontent. Histoire simple, à propos d'hommes et de femmes simples, comme d'habitude, mais mise en scène et en image avec une virtuosité peu commune, même pour eux.

Car The Barber est avant tout un monstre d'esthétisme, magnifiquement porté par son interprète principal, Billy Bob Thornton dont le charme glacial captive et inquiète. La plume légère et grinçante, l'intelligence et l'élégance du scénario n'ont d'égaux que le sens de la mise en scène et de la photographie, toujours aussi maniaques. Ed Crane est pris dans une spirale dont il aurait dû toucher le fond après une demi-heure de film, mais avec une ironie sadique, le voilà balloté par le destin comme une pelote de laine entre les mains d'un chat persan. On ne sait si l'on doit plaindre ce personnage ambigu, sans scrupule ni remords, mais qui lutte, comme on le ferait peut-être à sa place, pour trouver sa place dans le monde. Avec une grâce et un cynisme très noirs, Les frères Coen racontent une triste fable ancrée dans la réalité, à la beauté sombre et envoûtante.


Sentence : 4,5/5

mardi 18 mai 2010

Samson & Delilah

Du sable et du pétrole.

Ecrit & réalisé par : Warwick Thornton
Avec : Rowan McNamara, Marissa Gibson
Durée : 101 min

Pour Samson et Delilah, deux aborigènes australiens, les jours se suivent et se ressemblent. Elle travaille avec sa grand-mère et la maintient en vie, lui ne fait rien, à part sniffer de l'essence et écouter de la musique. Un jour, ils s'enfuient et partent pour la ville, dans l'espoir d'une vie moins vide. Une décision inconséquente...






Mettons les choses au clair : Samson & Delilah n'est pas un film revendicatif dépensant son heure quarante de parole à dépeindre la noirceur de la vie des aborigènes. Pas seulement. C'est surtout une histoire humaine entre deux adolescents désoeuvrés et réunis par le vide de leurs vies respectives dans une relation muette et platonique. La première partie du film en est le reflet le plus éloquent : au milieu du désert, sous un soleil qui engourdit tout, Samson et Delilah tentent de s'évader du train-train morose qui domine leur existence, sous la direction de Warwick Thornton, coiffé des casquettes de scénariste, réalisateur et directeur de la photographie, qui fait parler les visages et les décors plus sûrement qu'un mime. Une suite de tableaux enchanteurs et touchants qui, l'espace d'un plan oisif, vous plonge dans l'âme simple et généreuse des deux héros, jusqu'à l'évènement seuil, la profanation de la routine souveraine, qui mène à la deuxième partie.

Il serait injuste de mettre sur son dos tous les défauts de Samson & Delilah, mais la tentation est grande, car ils sont peu nombreux. Le film ne perd rien de sa puissance picturale, mais cède à la facilité et à la complaisance dès qu'il s'agit de traiter d'un sujet social. Passée outre la désagréable impression que la condition des aborigènes est une figure imposée dans tous les films australiens, on regrette que le réalisateur ressasse ses plans chocs dans une tentative maladroite et plutôt agressive d'apitoyer et/ou d'alarmer le spectateur. La caméra de Warwick Thornton est toujours aussi aiguisée, mais sa surenchère dans le pathos frise parfois le mauvais goût.

A défaut d'innover dans sa représentation d'un drame social, il se démarque dès son premier long-métrage par sa réalisation toute en pudeur et en retenue dès qu'il s'agit de filmer l'humain dans sa relation à l'autre ou face à sa propre amertume. La plus grande qualité de Samson & Delilah est de ne pas succomber à son alarmisme et de lui préférer un message d'espoir innocent, le baume au coeur.

Sentence : 3,5/5