Affichage des articles dont le libellé est film noir. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est film noir. Afficher tous les articles

jeudi 12 août 2010

The Killer Inside Me

C'est fourbe, un subconscient.

Réalisé par : Michael Winterbottom
Ecrit par : John Curran & Michael Winterbottom
Avec : Casey Affleck, Jessica Alba, Kate Hudson
Durée : 120 min
D'après le roman de Jim Thompson.

Lou Ford est policier dans la petite ville de Central City, mais c'est avant tout un gentleman. Ses plus bas instincts, il les contient tant qu'il peut, mais la tâche lui est pénible. Lorsqu'on lui demande de renvoyer une prostituée qui a séduit le fils de l'homme le plus riche de la ville, il ne se retient plus, se souvient de vieux comptes à régler, et déclenche un engrenage de violence et de mensonges.






Adapté d'un roman si noir qu'il en a assombri les Etats-Unis en son temps, The Killer Inside Me parle de pulsions malsaines, de folie et de mensonge. Michael Winterbottom, qu'on avait pas vu à la tête d'un casting aussi prestigieux depuis longtemps (jamais ?), s'en sort honorablement, mais ne se sert que des plus grosses ficelles du film noir. C'est dommage, le résultat est seulement gris foncé.

D'abord, le film ne serait rien, ou peu de chose, sans la performance habitée de Casey Affleck, le nouveau M. Ambigu du cinéma, un peu comme John Malkovich. Avec son sourire carnassier, sa voix aigrelette et son physique de grenouille, il nous met franchement mal à l'aise, en jouant toujours très juste, et confère ainsi à son personnage une crédibilité solide qui était loin d'être acquise.

Et oui, Lou Ford étonne, rend sceptique au début, mais ne tarde pas à fasciner. Son détachement, cet alliage surprenant entre glace et bouillonnement à peine contenu en fait l'indiscutable point fort du film. Chez lui, violence et amour ne font qu'un : plus il vous aime, plus il vous frappe. S'il vous aime peu, il vous frappera aussi, mais de quelques coups puissants et bien placés. Et quid de l'aboutissement d'une relation amoureuse ? La mort, évidemment. La logique interne de Lou est bien huilée, cohérente et invraisemblable à la fois, et c'est ce qui le rend si intéressant.

Malheureusement, tous les deniers ont été dépensés pour le protagoniste, et quelques maigres économies ont servi au scénario. N'allez pas croire qu'il est indigeste et bourré de clichés ; il est efficace, mais convenu. On a l'impression de suivre un film policier très classique, sauf que le héros n'est pas l'enquêteur, mais le meurtrier. Les scènes de violence, brillamment mises en scène, sont autant de sursauts qui rappellent que The Killer Inside Me aurait pu être un excellent film noir. Mais à force de s'appliquer sur les pulsions des personnages, Michael Winterbottom en oublie l'essentiel : l'atmosphère. C'est violent, certes, parfois trash, parfois passionnel, mais le réalisateur ne s'appuie que sur des faits, du concret qui s'essouffle (les scènes de sexe notamment, qui sont longues et n'apportent pas grand-chose), malgré une superbe photographie qui joue beaucoup de clairs-obscurs. On regrettera aussi que la bande originale ne puise que dans deux registres musicaux, ce qui crée quelquefois des contrastes voulus, mais malvenus.

Le bilan est donc plutôt mitigé, un peu décevant. On se souviendra d'un film noir qui passe à côté de son genre, faute d'inventivité et de génie, et de Casey Affleck et de son personnage qui, contrairement à Michael Winterbottom, a su livrer une performance loin des chemins balisés.


Sentence : 3/5

jeudi 20 mai 2010

The Barber

"Demon barber" malgré lui.

Titre original : The Man Who Wasn't There
Réalisé et co-écrit par : Joel Coen (2001)
Avec : Billy Bob Thornton, Frances McDormand, James Gandolfini
Durée : 116 min

Ed Crane est coiffeur dans le salon de son beau-frère et sa femme le trompe. Laconique et blasé, il est l'homme que personne ne remarque. Prêt à tout pour changer de vie, il commence une combine qui le dépasse rapidement.






On ne peut vraiment considérer The Barber comme un polar, tant les systèmes judiciaire et policier y sont mis à mal, mais plutôt comme un film noir, hommage revendiqué par les frères Coen lors de sa présentation à Cannes en 2001.

La police a toujours été un aspect secondaire de la filmographie des frères Coen, et elle a systématiquement un coup de retard sur les protagonistes (entre autres, dans No Country for Old Men ou même Barton Fink). L'action est donc centré sur Ed Crane, modeste coiffeur piégé dans un monde où il ne trouve pas sa place, et sur les autres personnages, empêtrés parfois malgré eux dans les combines un peu foireuses du héros.

Il serait pourtant abusif de voir en The Barber un film dénonciateur ou militant. La représentation d'un monde absurde, dans lequel le protagoniste s'enfonce de plus en plus en comprenant de moins en moins est un thème fondamental de la filmographie des frères Coen et sert de pierre angulaire aux histoires qu'ils racontent. Histoire simple, à propos d'hommes et de femmes simples, comme d'habitude, mais mise en scène et en image avec une virtuosité peu commune, même pour eux.

Car The Barber est avant tout un monstre d'esthétisme, magnifiquement porté par son interprète principal, Billy Bob Thornton dont le charme glacial captive et inquiète. La plume légère et grinçante, l'intelligence et l'élégance du scénario n'ont d'égaux que le sens de la mise en scène et de la photographie, toujours aussi maniaques. Ed Crane est pris dans une spirale dont il aurait dû toucher le fond après une demi-heure de film, mais avec une ironie sadique, le voilà balloté par le destin comme une pelote de laine entre les mains d'un chat persan. On ne sait si l'on doit plaindre ce personnage ambigu, sans scrupule ni remords, mais qui lutte, comme on le ferait peut-être à sa place, pour trouver sa place dans le monde. Avec une grâce et un cynisme très noirs, Les frères Coen racontent une triste fable ancrée dans la réalité, à la beauté sombre et envoûtante.


Sentence : 4,5/5

lundi 26 avril 2010

7h58 ce samedi-là

L'enfer, c'est la famille.

Titre original : Before the Devil Knows You Are Dead
Réalisé par : Sidney Lumet (2006)
Avec : Philip Seymour Hoffman, Ethan Hawke, Albert Finney
Durée : 116 minutes

Dernier film en date du mythique, inoxydable Sidney Lumet, 7h58 ce samedi-là (traduction française assez énigmatique) est un thriller d'un genre un peu particulier, puisqu'il s'agit aussi (surtout) d'un drame familial.

Deux frères (Ethan Hawke et Philip Seymour Hoffman) décident de braquer la bijouterie de leurs parents. Mais tout ne se déroule pas comme prévu : c'est le début d'une crise familiale et humaine aux conséquences irréversibles.






Il est de ces films qui frappent par leur justesse de ton, leur élégance et leur intelligence. Injustement boudé par le public à sa sortie en salles, 7h58... est d'abord un thriller très bien huilé, mais aussi un drame superbement écrit.

Le mode de narration fait d'abord penser au Memento de Christopher Nolan, mais on se rend vite compte que le récit ne se fait pas seulement à rebours, mais de façon chaotique, décousue.

C'est dans un contexte très réaliste de misère social d'un côté et de désillusion de l'autre que Sidney Lumet filme, avec beaucoup de retenue et de maîtrise, la lente descente aux enfers de deux frères (Ethan Hawke et Philip S. Hoffman, tous deux impressionnants) qui perdent le contrôle de leur vie.

La partie thriller n'est pas le véritable sujet du film. 7h58... raconte surtout la dislocation de la cellule familiale, que les canons du genre tendent à représenter comme l'ultime refuge. Ici, Sidney Lumet déconstruit méthodiquement ce mythe avec un cynisme certain que ne bouderaient pas les prêtres du politiquement incorrect.

Les liens familiaux apparaissent en effet corrompus, dans un dédale de non-dits et de secrets coupables. Les personnages, qui disposent tous d'une psychologie complexe et approfondie, tentent de sauver comme ils peuvent les meubles de leur univers familial qui s'effondre petit à petit autour d'eux, mais ne récoltent que le fruit de leur impuissance ; les situations ne font qu'empirer, jusqu'au dénouement tragique et délicieusement ambigu, voire subversif.

Le scénario fait d'ailleurs preuve d'une intelligence rare : tous les personnages du film sont pris dans un gigantesque tourbillon, au centre duquel se trouve la vérité. Les évènements s'imbriquent avec une fluidité remarquable, dans un récit pourtant complètement destructuré.

Et parlons-en de ce récit, que le montage a rendu tortueux au possible. En montant son histoire de façon éclatée, Lumet opère une adéquation parfaite entre la forme et le fond, puisque la dislocation du récit reflète la lente désintégration du cocon familial.

7h58... est donc plus qu'un simple thriller, qu'un simple drame ; c'est un gigantesque pavé lancé dans la mare des convenance et des canons du genre. Le genre de film qui se distingue de ses contemporains dès les premières minutes grâce à la finesse de son écriture et de sa mise en scène. On aimerait rencontrer plus souvent un cinéma de cette trempe.


Sentence : 4,5/5